(Article posté le 2 février, piraté le 6 et remis en ligne le 7 février. Les commentaires ont disparu)
Il est un petit coin de France où la coutume est de faire brûler de temps en temps un policier quand ceux-ci s’aventurent un peu trop près de la zone. On comprend que dans ces endroits, les cabinets médicaux ne soient pas légion.
L’hôpital, avec l’aide de l’ARS, de la mairie, de la préfecture, du Conseil départemental, de la CPAM ont décidé de prendre le taureau par les cornes en signant un contrat qui engage pas moins de 7 organismes signataires, l’Ordre ayant également été sollicité. Un vrai bulldozer administratif en marche pour un malheureux petit cabinet de médecine générale qui n’ouvrirait que 4 jours par semaine, aux heures ouvrables, uniquement sur RDV, sans visites et sans gardes. Ceci pour des raisons budgétaires, car on sait bien qu’en raison des règles liées au salariat, pour remplacer un médecin libéral, il en faudrait deux ou trois.
Le protocole prévoit que l’un fournisse gratuitement le local préalablement mis à neuf, l’autre le matériel de bureau, le troisième le matériel professionnel, le quatrième la secrétaire médicale, le cinquième le personnel médical, le sixième prenant en charge le matériel informatique, les autres s’occupant qui des logiciels, qui de la formation du médecin hospitalier à la médecine libérale (ils ont oublié dans le protocole la formation à l’autodéfense et les séances de tir), qui de la prise en charge des assurances, qui de la publicité,.. tout est prévu ou presque dans le protocole, y compris les rallonges hors budget de l’ARS pour l’hôpital. La consultation sera facturée à 23 euros, remboursés par la CPAM.
Par contre là où cela dérape et que la démarche devient moins compréhensible, c’est que le cabinet sera installé, non dans la zone sensible et déserte médicalement, mais là où sont les autres médecins libéraux, à 250 m d’un cabinet de groupe ! Quant à la FHF qui prône le numérus clausus à l’installation pour couvrir les déserts médicaux, elle ne donne pas l’exemple. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !
Il y a quand même une chose intéressante dans cette réaction de panique, démesurée, coûteuse et inefficace face à une pénurie dont on a encore rien vu : on va pouvoir connaître le vrai coût de la consultation. Il faudra additionner les budgets engagés par chacun des organismes et diviser par le nombre de consultations dans l’année. Il est probable que l’on se rapproche plus du coût de la médecine du travail de 80 à 100 euros, plutôt que des 23 euros alloués aux médecins libéraux, sans rallonge de l’ARS comme ici.
