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Trucs de manifs

La semaine dernière, les syndicats annonçaient plus d’un million de manifestants, les autorités 80 000. Comment de telles différences ? On ne sait plus compter dans ce pays ? Aujourd’hui les chiffres sont pourtant connus à l’unité près.

« De mon temps », l’écart allait de 1 à 2 ou 3. Ainsi en 1991 nous annoncions 300 000 professionnels de santé dans la rue, les RG 100 000. Pourtant chacun connaissait le résultat plus ou moins exact. A l’époque, une personne au bord de la manif était chargée de compter, si possible à un étranglement (idéal : un pont), elle ne compte que ceux qui défilent, pas les curieux sur les trottoirs, avec un compteur manuel, pendant 15 ou 30 secondes, ce toutes les 3, 4 ou 5 minutes, pendant tout le défilé. Une calculette et le tour est joué. Nous avions compté 170 000, les RG avec qui nous avions de bons rapports nous avaient dit après quelques temps que leur compte donnait 170 000, donc tous d’accord. Les autorités minimisant systématiquement, nous étions obligés d’afficher plus, pour que chacun fasse une moyenne entre les 2 chiffres, c’était la pratique.

Avec un écart de 1 à 10, cela devient du n’importe quoi, sans doute des deux côtés. Pourtant aujourd’hui on a des méthodes plus fiables, certes entre les mains des autorités qui ne donneront jamais la vérité. Une photo aérienne, un ordinateur avec un petit logiciel, et vous êtes tous comptés. Pire, sur chaque manifestant, même à 200 000, on peut mettre un nom et donner la marque de leur smartphone. Je vous invite à aller sur http://www.gigapixel.com/image/gigapan-canucks-g7.html , cela vaut la peine. N’oubliez pas de zoomer, édifiant. Chaque casseur, lanceur de pierre, même masqué, peut être identifié.

Autre règle de manif : on m’avait appris qu’il fallait un service d’ordre, non pour faire régner l’ordre, mais pour empêcher les manifestants d’être interviewés. Quand je m’en étonnais, on m’a appris les méthodes de la presse. Quand 20 manifestants sont interrogés, sur le tas, il y a forcément un ou deux qui va dire n’importe quoi, et c’est celui qui sera choisi au montage. Vous découvrez ainsi le pouvoir considérable de la presse. Une grève de la SNCF ? Interrogez ceux qui descendent du train : sur 10, 3 fous furieux, 5 mitigés, 2 qui comprennent la grève. Au 20H, ne passez que les 3 premiers, la grève ne dure pas, passez les 2 derniers, la grève dure.

Aujourd’hui il y a en plus les casseurs à gérer. Quand on voit la photo du site ci-dessus, on s’aperçoit que si il y a volonté et que l’on veut se donner les moyens, ce ne doit pas être un problème. Encore faut-il savoir aussi ce qu’on en fait. En début de semaine, des jeunes qui sont allés casser dans un hôpital pour s’amuser, ont été condamnés à « participer à un processus de réflexion autour de la portée de leurs actes et devront ensuite s’investir dans une action au bénéfice de la collectivité ». Enfin si en 1991 on m’avait dit que la moindre casse serait à la charge des organisateurs, considérés comme responsables, il n’y aurait pas eu de manif, et cela aurait été dommage.

Gérard Maudrux

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